Quand on pétrit une grande quantité de pâte, la tradition demande d'en prélever un petit morceau avant de la façonner : c'est la hafrachat hala, qu'on écrit aussi hafrashat challah ou hafrachat 'hala. Le mot hala désigne d'abord cette part mise de côté, et c'est de là que vient le nom du pain tressé de Shabbat.
Voici tout ce qu'il faut pour la faire sans se tromper : à partir de quelle quantité de farine, la bénédiction en hébreu et en phonétique, la prière que beaucoup de femmes récitent ensuite, et ce qu'on fait de la pâte prélevée. Nous suivons l'usage séfarade, celui de Rav Ovadia Yossef, et signalons à chaque étape ce qui change dans les communautés ashkénazes.
Fiche pratique
La hafrachat hala en un coup d'œil
Usage séfarade, selon Rav Ovadia Yossef. Les usages ashkénazes sont détaillés plus bas.
Selon le poids de farine

Moins de 1,2 kg
Pas de prélèvement
Une recette de hallah pour la famille tourne autour d'un kilo : rien à faire.
De 1,2 à 1,56 kg
Prélèvement sans bénédiction
On prélève et on dit « Haré zo hala », sans réciter la bénédiction.
1,56 kg et plus
Prélèvement avec bénédiction
On récite la bénédiction, puis on prélève.
Le déroulé
- 1
Donner quelques pièces à la tsédaka
Une coutume, avant de commencer.
- 2
Finir de pétrir et rassembler toute la pâte
Dans un seul saladier, avant de la diviser pour façonner.
- 3
Réciter la bénédiction
Seulement à partir de 1,56 kg de farine.
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו, וְצִוָּנוּ לְהַפְרִישׁ חַלָּה תְּרוּמָה
Baroukh Ata Ado-naï, Élo-hénou Mélèkh ha'olam, achèr kidéchanou bémitsvotav, vétsivanou léhafrich 'hala térouma.
- 4
Détacher un petit morceau de pâte et dire
Avec ou sans bénédiction : c'est cette phrase qui désigne le morceau prélevé.
הֲרֵי זוֹ חַלָּה
Haré zo 'hala.
- 5
Prier pour les siens
Un moment propice : le Yehi ratson se trouve plus bas, en hébreu et en phonétique.
- 6
Brûler le morceau prélevé
Enveloppé de papier aluminium, sur la flamme du gaz ou au fond du four, jusqu'à ce qu'il soit carbonisé. Il ne se mange pas.
D'où vient la mitsva de la hala
La source est dans la Torah, au livre des Nombres (Bamidbar 15, 17 à 21). Quand les enfants d'Israël entrent dans le pays, ils doivent donner aux Cohanim, les prêtres du Temple, une part de chaque pâte :
רֵאשִׁית עֲרִסֹתֵכֶם חַלָּה תָּרִימוּ תְרוּמָה כִּתְרוּמַת גֹּרֶן כֵּן תָּרִימוּ אֹתָהּ
Phonétique
Réchit 'arissotékhem 'hala tarimou trouma, kitroumat goren kèn tarimou otah.
Traduction
Comme prémices de votre pâte, vous prélèverez une hala en offrande ; comme l'offrande de l'aire, ainsi vous la prélèverez.
Depuis la destruction du Temple, la part n'est plus donnée au Cohen : on la prélève, puis on la brûle. En dehors d'Israël, l'obligation est d'ordre rabbinique, mais elle s'accomplit de la même manière, avec la bénédiction quand la quantité est atteinte.
La Michna (Chabbat 2, 6) range la hala parmi les trois mitsvot confiées d'abord aux femmes, avec l'allumage des bougies de Shabbat et les lois de pureté familiale. Elle revient pourtant à toute personne juive qui pétrit une pâte suffisante, homme ou femme.
Quelles pâtes sont concernées
Trois conditions doivent être réunies pour que la pâte soit soumise au prélèvement.
- La farine vient de l'une des cinq céréales citées par la Michna (Hala 1, 1) : blé, orge, épeautre, avoine ou seigle.
- La pâte appartient à une personne juive au moment où elle est pétrie.
- La pâte est destinée à être cuite au four : pain, hallah, brioche, mais aussi pâte à gâteau épaisse.
À partir de quelle quantité de farine
C'est la question qui revient le plus souvent. Tout se joue sur le poids de farine, pas sur le poids de la pâte. Selon Rav Ovadia Yossef (Yalkout Yossef, Yoré Déa 324), on compte ainsi :
- Moins de 1,2 kg de farine : pas de prélèvement.
- De 1,2 kg à 1,56 kg : on prélève sans réciter la bénédiction. Ce n'est pas une obligation stricte, c'est une mesure de piété que Rav Ovadia recommande.
- 1,56 kg de farine et plus : on prélève avec la bénédiction.
Le chiffre de 1,56 kg vient de l'ancienne mesure de 520 dirhams, à 3 grammes le dirham. D'autres autorités séfarades retiennent des chiffres plus élevés : le Ben Ich 'Haï compte 777 dirhams, et l'usage de Jérusalem rapporté par Rav Pala'gi tourne autour de 2,5 kg.
Chez les Ashkénazes, les chiffres varient davantage. Chabad retient environ 1,23 kg sans bénédiction et 1,666 kg avec, qui correspond au calcul de Rav 'Haïm Na'é. Le 'Hazon Ich et Rav Moché Feinstein placent la bénédiction autour de 2,25 kg de farine. Chaque famille suit l'usage de sa communauté, et en cas de doute la question se pose à son rav.
En pratique, une recette de hallah pour une famille tourne souvent autour d'un kilo de farine : elle n'est pas concernée. C'est en doublant la recette, pour Shabbat et la semaine, ou pour les fêtes, qu'on atteint le seuil.
Plusieurs petites pâtes réunies
Deux pâtes qui n'atteignent pas chacune la quantité se combinent si elles se touchent, ou si on les réunit dans un même panier, même après cuisson (Choul'han Aroukh, Yoré Déa 325, 1). Aucun pain ne doit dépasser des bords, et couvrir l'ensemble d'une nappe peut suffire. Un plateau sans rebord, un four ou un placard ne réunissent pas les pâtes.
La bénédiction en hébreu et en phonétique
Les Séfarades concluent la bénédiction par « hala térouma », selon le Ben Ich 'Haï et le Yalkout Yossef. Les Ashkénazes et Chabad disent seulement « hala ». Le Choul'han Aroukh (Yoré Déa 328, 1) connaît les deux formules.
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם, אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו, וְצִוָּנוּ לְהַפְרִישׁ חַלָּה תְּרוּמָה
Phonétique
Baroukh Ata Ado-naï, Élo-hénou Mélèkh ha'olam, achèr kidéchanou bémitsvotav, vétsivanou léhafrich 'hala térouma.
Traduction
Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de prélever la hala en offrande.
Usage ashkénaze et Chabad : la bénédiction s'arrête à « léhafrich 'hala », sans « térouma ».
הֲרֵי זוֹ חַלָּה
Phonétique
Haré zo 'hala.
Traduction
Voici la hala.
Se dit aussi quand on prélève sans bénédiction. Si on oublie de le dire, le prélèvement reste valable.
Quelle quantité de pâte prélever
Selon l'usage séfarade, n'importe quelle quantité convient, même un tout petit morceau. Les Ashkénazes ont l'habitude de prélever un kazayit, environ 28 grammes, soit un peu moins qu'une balle de golf (Rema, Yoré Déa 322, 5).
La prière après le prélèvement
Après la bénédiction, beaucoup de femmes récitent un Yehi ratson pour leur foyer. Ce n'est pas une obligation : ce texte ne vient ni du Talmud ni du Choul'han Aroukh, c'est une prière plus tardive, transmise de mère en fille et reprise dans de nombreux livrets. Il est rédigé au féminin. Le texte ci-dessous est celui, vocalisé, publié par vehaavta.org ; d'autres éditions en donnent une version un peu plus courte.
יְהִי רָצוֹן מִלְּפָנֶיךָ ה' אֱלֹהֵינוּ וֵאלֹהֵי אֲבוֹתֵינוּ, שֶׁמִּצְוַת הַפְרָשַׁת חַלָּה תֵּחָשֵׁב לִי כְּאִלּוּ קִיַּמְתִּיהָ בְּכָל פְּרָטֶיהָ וְדִקְדּוּקֶיהָ, וְתֵחָשֵׁב הֲרָמַת הַחַלָּה שֶׁאֲנִי מְרִימָה כְּמוֹ הַקָּרְבָּן שֶׁהֻקְרַב עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וְנִתְקַבֵּל בְּרָצוֹן. וּכְמוֹ בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה קַיָּם, הָיְתָה הַחַלָּה נְתוּנָה לְכֹהֵן וְהָיְתָה זוֹ לְכַפָּרַת עֲווֹנוֹת, כָּךְ תִּהְיֶה הַפְרָשָׁה זוֹ לְכַפָּרַת עֲווֹנוֹתַי, וְאָז אֶהְיֶה כְּאִלּוּ נוֹלַדְתִּי מֵחָדָשׁ, נְקִיָּה מֵחֵטְא וְעָווֹן. וְאוּכַל לְקַיֵּם מִצְוַת שַׁבַּת קֹדֶשׁ וְהַיָּמִים הַטּוֹבִים עִם בַּעְלִי [וִילָדֵינוּ], לִהְיוֹת נִזּוֹנִים מִקְּדֻשַּׁת הַיָּמִים הָאֵלֶּה. וּבִזְכוּת מִצְוַת חַלָּה יִהְיוּ יְלָדֵינוּ נִזּוֹנִים תָּמִיד מִיָּדָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּרֹב רַחֲמָיו וַחֲסָדָיו וּבְרֹב אַהֲבָה. וְתִּתְקַבֵּל מִצְוַת חַלָּה כְּאִלּוּ נָתַתִּי מַעֲשֵׂר. וּכְשֵׁם שֶׁהִנְנִי מְקַיֶּמֶת מִצְוַת חַלָּה בְּכָל לִבִּי, כָּךְ יִתְעוֹרְרוּ רַחֲמָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְשָׁמְרֵנִי מִצַּעַר וּמִמַּכְאוֹבִים כָּל הַיָּמִים. אָמֵן כֵּן יְהִי רָצוֹן.
Phonétique
Yéhi ratsone miléfanékha, Ado-naï Élo-hénou vélo-hé avoténou, chémitsvat hafrachat 'hala té'hachèv li kéilou kiyamtiha békhol pératéha védikdoukéha, vété'hachèv haramat ha'hala chéani mérima kémo hakorbane chéhoukrav 'al gabé hamizbéa'h vénitkabèl bératsone. Oukhmo bizmane chébèt hamikdach haya kayam, hayta ha'hala nétouna lékhohène véhayta zo lékhaparat 'avonot, kakh tihyé hafracha zo lékhaparat 'avonotaï, véaz éhyé kéilou noladti mé'hadach, nékiya mé'hèt vé'avone. Véoukhal lékayèm mitsvat Chabbat kodèch véhayamim hatovim 'im ba'li [viladénou], lihyot nizonim mikédouchat hayamim haélé. Ouvizkhout mitsvat 'hala yihyou yéladénou nizonim tamid miyadav chèl Hakadoch Baroukh Hou bérov ra'hamav va'hassadav ouvrov ahava. Vétitkabèl mitsvat 'hala kéilou natati ma'assèr. Oukhchèm chéhinéni mékayémèt mitsvat 'hala békhol libi, kakh yit'orérou ra'hamav chèl Hakadoch Baroukh Hou léchomréni mitsa'ar oumimakhovim kol hayamim. Amen, kèn yéhi ratsone.
Traduction
Que ce soit Ta volonté, Éternel notre Dieu et Dieu de nos pères, que la mitsva du prélèvement de la hala me soit comptée comme si je l'avais accomplie dans tous ses détails et toutes ses exigences, et que la hala que je prélève soit considérée comme le sacrifice offert sur l'autel et reçu avec faveur. Et de même qu'au temps où le Temple existait, la hala était donnée au Cohen et servait au pardon des fautes, que ce prélèvement serve au pardon de mes fautes, et que je sois alors comme née à nouveau, pure de faute et de péché. Que je puisse accomplir la mitsva du saint Chabbat et des jours de fête avec mon mari [et nos enfants], et que nous soyons nourris de la sainteté de ces jours. Par le mérite de la mitsva de la hala, que nos enfants soient toujours nourris de la main du Saint, béni soit-Il, dans Sa grande miséricorde, Sa bonté et Son amour. Que la mitsva de la hala soit reçue comme si j'avais donné la dîme. Et de même que j'accomplis la mitsva de la hala de tout mon cœur, que s'éveille la miséricorde du Saint, béni soit-Il, pour me garder de la peine et de la douleur tous les jours. Amen, qu'il en soit ainsi.
Texte vocalisé : vehaavta.org. Les mots entre crochets se disent quand on a des enfants.
Que faire de la pâte prélevée
Le morceau prélevé est saint : on ne le mange pas et on ne le fait pas cuire avec le reste. A priori, on le brûle jusqu'à ce qu'il soit entièrement carbonisé, puis on peut le jeter. Les usages diffèrent sur la manière de le brûler.
- L'envelopper soigneusement de papier aluminium, en plusieurs épaisseurs, et le brûler : sur la flamme du gaz, ou posé sur la sole du four. Torah-Box permet le four même pendant la cuisson d'un autre plat ; Chabad et Star-K demandent qu'aucun autre aliment n'y cuise en même temps, et certains décisionnaires séfarades préfèrent la flamme du gaz au four moderne.
- Une fois le morceau entièrement carbonisé, on peut le jeter.
- Si on ne peut vraiment pas le brûler : l'envelopper dans deux sachets plastiques et le jeter directement à la poubelle. C'est une solution de dernier recours.
Questions fréquentes
J'ai oublié de prélever avant la cuisson, que faire ?
A priori, on prélève avant de manger le pain. Si on a oublié avant la cuisson, on prélève sur les pains cuits, avec la bénédiction si la quantité est atteinte : on les réunit dans un panier ou sous une nappe, puis on détache un petit morceau de l'un d'eux.
Si on s'en rend compte pendant Shabbat, on ne prélève pas pendant Shabbat. En dehors d'Israël, on peut manger les pains à condition d'en garder une partie jusqu'à la sortie de Shabbat : on prélèvera alors un morceau sur cette partie, en récitant la bénédiction. En Israël, les pains ne se mangent pas sans prélèvement ; on peut demander du pain à ses voisins.
Faut-il prélever sur une pâte à gâteau ou une brioche ?
Une pâte sucrée pétrie avec de l'eau, même enrichie de sucre, de miel ou d'huile, se prélève avec la bénédiction. Une pâte pétrie uniquement avec du jus de fruits ou des œufs, sans eau, se prélève sans bénédiction selon le Yalkout Yossef ; ajouter un peu d'eau à la pâte permet de réciter la bénédiction. Pour une pâte liquide cuite au four, comme un cake, on prélève après la cuisson, en réunissant les gâteaux dans un même récipient. Pour une pâte cuite à la poêle ou frite, les règles sont plus fines : certaines sont concernées, d'autres non. La question se pose à son rav.
Un homme peut-il faire la hafrachat hala ?
Oui. La mitsva revient à la personne qui possède la pâte. La tradition la confie d'abord à la maîtresse de maison, mais un homme qui pétrit sa propre pâte prélève et récite la bénédiction de la même façon.
Peut-on faire la hafrachat hala avec une machine à pain ou un robot ?
Oui, la mitsva ne dépend pas de la manière de pétrir. On prélève une fois le pétrissage terminé, en sortant la pâte du bol du robot, avant de la diviser.
Les hallot du site pour une grande fournée
Pour atteindre la quantité de la bénédiction, il suffit en général de doubler une de nos recettes et de congeler les pains en trop. La pâte se garde aussi une nuit au réfrigérateur, ce qui permet de pétrir la veille.
Trois hallot à faire en grande quantité
La hallah de Shabbat, une version parfumée et la hallah en ruche des fêtes.
Sources
Les usages présentés ici sont ceux des sources ci-dessous. Pour un cas particulier, la question se pose à son rav.
- Torah : Bamidbar 15, 17 à 21.
- Michna : Hala 1, 1 (les cinq céréales) et Chabbat 2, 6.
- Choul'han Aroukh, Yoré Déa 322 à 329, avec les gloses du Rema.
- Yalkout Yossef, Yoré Déa 324 à 328, d'après les décisions de Rav Ovadia Yossef.
- Ben Ich 'Haï, deuxième année, paracha Chemini.
- Pour l'usage ashkénaze : Chabad.org, Star-K et OU Kosher.
- Torah-Box, fiche « La Hafrachat 'Hala » (halakhot et rituel).



